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Spectacles

Andromaque dans une mise en scène de Michael Delaunoy

15/04/2027 à 19h00Tout publicCentre culturel de Waterloo. Rue François Libert, 26 - 1410 WaterlooInfo ou réservation

Michael Delaunoy , mise en scène

ANDROMAQUE Ariane Rousseau - PYRRHUS Clément Manuel - ORESTE Arthur Moulin - HERMIONE Esther Waters - PYLADE Baptiste Blampain - CLÉONE Anne-Claire
CÉPHISE Zoé David - PHŒNIX Yvan Rami
Et la voix d'Armance Delaunoy

Mise en scène Michael Delaunoy  - Assistanat à la mise en scène Jerry Henning - Scénographie, costumes et accessoires Alain Wathieu - Lumière Laurent Kaye
Son Antoine Plaisant  - Chorégraphie Johanne Saunier - Travail sur le vers Anne-Claire 
Coaching vocal Isabelle Byloos - Réalisation des costumes Sylvie Thévenard - Stagiaires à la mise en scène Antoine Fourgon, Mathilde Laulier, Pauline Livyns 
Photos © Gaël Maleux

UNE COPRODUCTION DU THÉÂTRE LE PUBLIC ET DE L'ENVERS DU THÉÂTRE – COMPAGNIE MICHAEL DELAUNOY. AVEC L'AIDE DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES – DIRECTION DU THÉÂTRE, ET LE SOUTIEN DU TAX SHELTER DE L’ÉTAT FÉDÉRAL BELGE VIA BESIDE.
 

La presse en parle

LE SOIR Andromaque »  : un bouillonnant tour billonde passions **** 
Alliant la puissance des vers de Racine à la capacité d’expression des corps de ses comédiens, Michael Delaunoy livre une version incandescente de la tragédie. La pièce est une merveille et la version qu’en livre Michael Delaunoy, une parfaite réussite, débordant d’énergie. Une version incandescente. L’une des grandes forces de la mise en scène de Michael Delaunoy, outre le choix des comédiens, tous parfaits de bout en bout, tient à la manière dont il utilise la présence de ces suivants, au-delà de leurs interventions parlées. Jean-Marie Wynants

LA LIBRE BELGIQUE *** Kacenelenbogen étreint la folie avec conviction. Le décor, mat, sombre, à l’ambiance charbonneuse, comme si toute la lie des sentiments humains ne pouvait remonter à la lumière du jour, permet de se concentrer sur l’exigeant texte en alexandrins de Racine. Au passage, on salue la qualité des comédiens – tous ! – dans l’expression d’un français qui ne tolère aucun à-peuprès. Les dialogues sont au cordeau, les échanges guidés par un sentiment d’absolu, encadrés par un jeu de scène intraitable. Le résultat rend captif. La scène finale de l’autel de mariage ensanglanté, dépeinte par Michael Delaunoy, agrippera notre regard le temps des dernières tirades du fils des Atrides : Oreste, amoureux fébrile et comme mort à l’intérieur (Arthur Moulin), nous laissera fort émue. Aurore Vaucelle


POLE CULTURE. L’une des grandes forces de la mise en scène de Michael Delaunoy, outre le choixdes comédiens, tous parfaits de bout en bout, tient à la manière dont il utilise la présence de ces suivants, au-delà de leurs interventions parlées. Un geste, un pas de côté, des regards surtout, viennent donner corps à leurs pensées mais aussi,d’une certaine manière, à la douleur ressentie par les quatre héros, tropemportés par leur fougue pour pouvoir l’exprimer vraiment tandis que leurssuivants sentent, savent, redoutent ce qui va les détruire.
Tout cela est admirablement résumé dans les quelques minutes d’ouverture,totalement muettes, où tous les comédiens se croisent, se lient, s’affrontent dansun impressionnant ballet résumant à lui seul la complexité des relations quiunissent et déchirent leurs personnages. Magistralement chorégraphiée par Johanne Saunier, cette séquence inattendue déstabilise un peu le public avant dedémontrer toute sa pertinence dans un spectacle où le langage corporel en ditpresque autant que les vers de Racine.

Une œuvre éblouissante, intemporelle, éternelle dans ses questionnements sur les conséquences des guerres, les blessures profondes qu’elles infligent et les besoins de vengeance qui mènent immanquablement à la tragédie.

Un spectacle débordant de vitalité, mettant en scène des êtres jeunes, fougueux, aux prises avec des passions impulsives et destructrices, emprisonnés dans des situations extrêmes qui les dépassent. 
La langue de Racine pulse, impulse la vie dans la tragédie, de nature à interroger, secouer et bouleverser tous les publics.

 

Une CoProduction du Théâtre Le PUBLIC et de l'Envers du théâtre 
Compagnie Michael Delaunoy avec l'aide de la Fédération Wallonie Bruxelles - Direction du Théâtre et le soutien du Tax Shelter de l'Etat fédéral Belge vie Beside.

"Andromaque" aujourd'hui : Ebauche d'une lecture politique
L’action se situe après un très long conflit (la guerre de Troie) qui a vu les Grecs écraser dans le sang et les larmes le peuple troyen : hommes, femmes, vieillards, enfants, … Les protagonistes en gardent de profondes blessures : les passions flamboyantes et destructrices qui se déchaînent entre elles et eux (désir, vengeance, …) dénotent leur difficulté à retrouver un semblant de sérénité qui leur permettrait de pouvoir envisager une paix durable bâtie sur le droit.

L’exercice du pouvoir qui, la paix revenue, ré- clamerait des Grecs de la mesure est mené en dépit du bon sens par des responsables politiques masculins (Pyrrhus, Oreste) faisant passer leurs désirs désordonnés, leur volonté de possession et
leurs intérêts personnels avant l’intérêt collectif : - Pyrrhus, roi d’Épire, cherche à exercer son emprise amoureuse sur une captive troyenne (Andromaque) dont il a activement contribué à décimer la famille ; il se montre prêt, pour peu qu’elle cède à son désir, à renoncer à tout devoir conjugal (il est promis à Hermione) ou politique (il doit livrer Astyanax, enfant d’Andromaque, à l’ambassadeur Oreste), - Oreste est prêt, afin qu’elle se donne à lui, à céder à l’emprise qu’exerce sur lui la femme qu’il aime mais qui ne l’aime pas (Hermione), jusqu’à accomplir, lui l’ambassadeur, le régi- cide qu’elle réclame de lui (« Revenez tout couvert du sang de l’infidèle », acte IV, sc. 3).
Au milieu de cette situation chaotique, Andromaque se dresse moins comme une figure de déploration que comme une figure féminine de résistance qui cherche à protéger « le seul bien qui lui reste » : Astyanax, son très jeune fils, der-
nier descendant de la dynastie troyenne que les Grecs veulent mettre à mort afin de se protéger d’une hypothétique refondation de Troie…

TRAITEMENT
Nous souhaitons proposer un spectacle qui donne à voir et à percevoir la brutalité des rap- ports de force à l’oeuvre entre les différents personnages, rapports de force dont les analogies avec notre monde contemporain seront non pas lourdement martelées mais évoquées dans un jeu de rapprochement et d’éloignement. Tout en embrassant pleinement la langue sublime et riche de potentialités expressives et rythmiques de Racine, nous explorerons un jeu physique, concret, pulsionnel, sauvage, à rebours de toute conception figée d’un classicisme élégant et noble. Michael Delaunoy

 

https://bx1.be/radio-emission/la-voix-est-libre-avec-myriem-akheddiou/ 

 


En bonus l'Interview de Michel Delaunoy et Myriem Akheddiou

 QUI EST POUR VOUS ANDROMAQUE ? 

Michael Delaunoy

Qui est pour toi Andromaque ?
Le nom Andromaque signifie en grec ancien « celle qui affronte les hommes ». Andromaque est une princesse troyenne qui, à l’issue de la terrible guerre de dix ans entre la Grèce et Troie, est réduite en esclavage et donnée à un guerrier grec.
Chez Homère, elle est représentée comme une femme qui, pendant la guerre, refuse d’être cantonnée à son rôle de femme. Elle va jusqu’à se rendre sur le champ de bataille malgré la désapprobation de son mari, Hector, qui est le plus grand guerrier troyen.
Racine a fait d’Andromaque une figure de fidélité absolue. Non pas une fidélité « privée » à la seule mémoire de son mari tué durant la guerre, mais, au-delà de ce mari, une fidélité radicale à Troie et à la mémoire de ce qu’on nommerait aujourd’hui son génocide. Andromaque est donc avant tout pour moi une figure de résistance et de fidélité à la mémoire d’un peuple et d’une patrie anéantis. Accomplir son deuil est pour elle impossible. Cela signifierait une trahison non seulement vis-à-vis de son mari, mais aussi vis-à-vis de tous ses ancêtres. Pour Andromaque, la guerre n’est pas finie et ne pourra jamais l’être.

Comment aborde-t-on un personnage pareil ?
En tentant de faire abstraction de l’image préconçue qu’on peut s’en faire. Il faut toujours à mon sens aborder un personnage et plus largement une œuvre avec un regard curieux et étonné. Même si bien sûr, il est important de lire les innombrables commentaires qui existent autour d’une telle œuvre, car mieux connaître le contexte dans lequel elle a été écrite permet d’éviter d’emprunter des voies sans issues… Par ailleurs, approcher une tragédie classique écrite en alexandrins exige un travail spécifique sur la diction du vers. Sur ce plan, notre travail doit beaucoup à l’approche du grand metteur en scène Jean-Marie Villégier, disparu récemment. Le personnage est avant tout construit avec des mots agencés d’une façon particulière. L’alternance des consonnes et des voyelles, des brèves et des longues, les assonances, les allitérations, le jeu entre les blocs de sens et la métrique du vers, c’est aussi et même peut-être avant tout en malaxant cette matière concrète, en la respirant, en en explorant les potentialités rythmiques, les dynamiques, en la mettant en corps, que les personnages se révèlent. 

Quels sont l’ancrage et la pertinence de ce personnage dans notre époque ?
La permanence des conflits armés et des génocides, les questions jamais résolues liées à la possibilité ou non de construire une paix durable, d’enrayer le cycle infernal de la vengeance, de pardonner, de faire son deuil sans oublier… Tout cela rend une telle figure particulièrement pertinente aujourd’hui encore.
C’est une figure tragique déchirée entre deux nécessités absolues et irréconciliables. Soit elle sauve et protège son fils Astyanax (ultime héritier de la lignée royale de Troie) en épousant Pyrrhus, un des génocidaires grecs de son peuple et de sa famille. Soit elle refuse ce mariage pour rester fidèle à son mari, à ses ancêtres et à sa patrie, et ce faisant elle condamne son fils.
C’est ce déchirement et la façon dont Racine le traduit dans une langue sublime, qui me bouleverse avant tout.

Quels arguments pourrait-on utiliser pour donner envie aux gens de venir voir le spectacle ?
Dans un monde de plus en plus virtualisé qui a pour effet de nous couper toujours davantage les uns des autres, le théâtre de Racine agit comme une expérience particulière, un intensificateur de ce qui est en mesure de nous rassembler ou de nous désunir. Racine met à nu nos désirs irrépressibles, nos pulsions de vie ou de mort, nos passions ravageuses qui peuvent mener au meurtre, au suicide ou à la folie, mais aussi la possibilité qui toujours nous est offerte, de donner voix à la raison, seule en mesure de nous permettre de faire société, de faire histoire commune.

 

Myriem Akheddiou

Qui est pour toi Andromaque ?
Andromaque, selon moi, est une femme qui, bien qu’on lui ait arraché la vie choisie qu’elle menait avant la guerre de Troie et qu’elle ait quasiment tout perdu, est restée debout, c’est une femme qui choisit encore et qui s’oppose encore à ce qui lui semble maltraiter ses valeurs. Elle est, d’autre part, très moderne car elle ne respecte pas du tout les codes établis dictés par le machisme ambiant, elle rue dans les brancards ! Elle s’impose aussi comme garante de la mémoire des horreurs perpétrées par les Grecs lors de la guerre de Troie et de tout et tous ceux qu’elle a vu détruits. Elle est un témoin et elle ne veut pas oublier. Elle ne veut pas pardonner. Poussée plus loin encore, dans ses retranchements lorsque la vie de son fils sera menacée, elle prouvera, de surcroît, qu’elle est extrêmement avisée et tactique... Bref, une nana pas dénuée de ressources qui ne s’assoira pas là où on a choisi de la mettre si ça ne lui convient pas ! Comme il y en a tant d’autres, aujourd’hui, si inspirantes et dont on est si fier(e)s.

Comment aborde-t-on un personnage pareil ?
On essaie d’abord de se détacher autant que possible des images qu’il trimballe derrière lui ! :-)
Des tas de gens l’ont définie avant nous, avec un regard sans doute conditionné par leur genre, leur condition sociale, leurs propres valeurs et bien-sûr, l’époque dans laquelle ils vivaient, ...
Avec Michael, le metteur en scène, on est tout de suite tombé d’accord sur le fait qu’elle est avant tout une résistante, une battante, une femme qui bouscule les règles imposées à son genre à cette époque et qui refuse la soumission. Des idées comme Andromaque, La mère absolue et la veuve fidèle à son époux défunt, porteuse de morale, si je me raconte les choses comme ça, ça ne m’aide pas à la jouer.
Qu’est-ce qu’elle fait résonner en moi, aujourd’hui et après quoi elle court que je peux, moi, comprendre et sentir ? J’ai l’impression que le tout est de trouver l’endroit où mon point de vue personnel (puisque c’est moi qui la joue) et celui du metteur en scène vont se rejoindre, s’additionner, se compléter.
C’est un point de départ très important.

En quoi Andromaque te touche-t-elle, peut-elle nous toucher ?
Elle s’est chargée d’un devoir de mémoire. Pour son peuple, son amour disparu, sa famille, le monde qui était le sien. Et elle croit qu’elle leur doit le souvenir. La défense du souvenir. Comme si, ce souvenir, les empêchait de disparaitre complètement. Ce qui serait beaucoup trop insupportable ! Je trouve ça bouleversant.

Propos recueillis par Deborah Danblon.

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